
DANGER POESIE CESSERA DE SEVIR JUSQU'AU 15 MAI.
L'AUTEUR DE CETTE REVUE EN LIGNE PROFITANT
DU DECES DE SON MAC, REPOND A UN BESOIN INTENSE
DE S'EVADER DE L'UNIVERS CYBERNETIQUE
POUR RETROUVER DES HOMMES ET DES FEMMES VRAIS,
POUR REVENIR SUR CETTE TERRE
QUI EST, SELON LE MOT D'ARMAND ROBIN
PARFOIS SI JOLIE....
POAIMONS-NOUS
André Chenet
mardi 22 avril 2008
HALTE
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André Chenet
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4/22/2008
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Libellés : André Chenet
lundi 31 mars 2008
Sur la poésie (4)
La poésie est fondamentalement une entreprise de dissidence. Être poète, se reconnaître poète, c'est, du même coup, reconnaître qu'on se situe à angle droit avec ce qu'il est convenu de nommer imprudemment, bien légèrement, le Réel. Le poète rentre en guerre avec ce réel. Il n'en accepte ni les formes, ni les lois, ni les aspects les plus saillants. Rival de Dieu, il voudrait corriger, sinon abolir ce réel, cette pauvre construction-patchwork.
A l'image, définivement sacrée, de Rimbaud, il exige la vraie vie. L'Absolu. Il n'entend pas se limiter à ce territoire étriqué, à ce vol lourdaud d'oiseau aux ailes coupées qui constituent son lot, sa croix depuis le berceau. Egaré dans la foule grise, aux épaules tombantes, il crie farouchement: "Orages désirés, levez-vous!". Il veut, à tout prix abattre les murs qui dérobent la lumière, l'immense espace, la voûte constellée. Baudelaire, Shelley, Lermontov, Saint-Jean de la Croix, Mickiewicz, Hart Crane, Woodworth, Edgar Poë, mille autres encore, ont cogné des poings contre la paroi d'acier qui interdit à la créature l'envol d'Icare.
Le poète fait rupture avec l'espoir, le désespoir aussi. Il fait rupture avec la foule qui s'ennivre avec le dernier "sauveur suprême". Il déserte les vulgaires certitudes de la majorité pour s'enfoncer dans des marais de terreur, des désert d'angoisse, des forêts de visions sombres. Il devient alors le "grand malade", le grand criminel". De sa chair des troubles de son Esprit tendu comme l'arc du chasseur indien, il paie son audace, son orgeuil, sa terrifiante lucidité. Tel Maldoror, il peut, de deuil en deuil, en venir à provoquer Dieu même. Luciférien, il monte à l'assaut du ciel pour le dévaster, pour y briser les idoles muettes.
Dissident, le poète l'est encore par l'Amour qui est à la fois son heaume et sa lance de guerre. Au coeur d'un monde privé d'Amour, il fait exploser les soleils de sa passion, il arrache les masques de l'indifférence, de la haine, du mépris.
Mais, plus simplement, le poète est dissident en ce qu'il réfute l'ordre établi sur la terre douloureuse, l'ordre qui veut que l'on puisse faire bombance tandis que l'autre crève de faim, qui veut que les plus ardents défenseurs de la "liberté libre" se retrouvent, plus facilement que les silencieux et les "assis", sur la paille noire des cachots, sinon dans la chambre de torture qui ouvre, très souvent, sur la cour des peletons d'exécution.
De toutes ses forces, le poète ne peut pas ne pas dénoncer cet ordre cruel, fou, qui peuple les pays de fosses communes anonymes. Il ne peut pas ne pas rêver à un autre "ordre" qui se confondrait dans la clarté de l'aube, une saison harmonieuse. Il ne peut pas ne pas prendre les armes en faveur de ce "possible" que les salauds de tout poil n'ont de cesse de maintenir sous le boisseau.
A tout instant de son existence tourmentée, fiévreuse, chaotique, sans cesse bouleversée par les questionnements, les doutes, les remises en question, les coups du sort, la répression de ceux dont il met en péril les privilèges ignominieux, le poète _ le vrai, l'authentique _ est condamné à entrer en dissidence. Il arrive même que le silence se révèle être, à une époque donnée, l'unique arme dont il puisse disposer. Alors, le silence du poète s'entend mieux que le vain tumulte des masses poussées aveuglément vers les abîmes.
A Paris, Prague, Varsovie, Moscou, La Havane, New-York, il faut, peut-être, de "tout pour faire un monde", selon l'adage populaire. Mais ce dont je suis totalement persuadé, c'est qu'il faut, d'abord et avant tout, des Dissidents. Par milliers. Centaines de milliers.
André Laude
Préface à l'anthologie "REBELLES ET RÊVEURS"
quatorze poètes polonais contemporains
La pensée sauvage éd. _ 1980.
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André Chenet
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3/31/2008
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Libellés : André Laude
lundi 24 mars 2008
Testament de Ravachol
Ravachol
Testament de Ravachol (Extrait)
Nous n’habitons nulle part nous ne brisons de nos mains
rouges de ressentiment que des squelettes de vent
nous tournoyons dans un désert d’images diffusées par les
invisibles ingénieurs du monde de la séparation permanente
retranchés dans les organismes planétaires planificateurs
infatigables du spectacle
nous ne sommes rien nous ne sommes qu’absence
une brûlure qui ne cesse pas nous n’embrassons nulle bouche
vraie nous parlons une langue de cendres nous touchons
une réalité d’opérette
nous n’avons jamais rendez-vous avec nous-mêmes
nous nous tâtons encore et toujours
nous errons dans un magma de signes froids nous traversons
notre propre peau de fantôme
le soleil du mensonge ne se couche jamais sur l’empire de
notre néant vécu atrocement au carrefour des nerfs
nous n’avons ni visage ni nom nous n’avons ni le temps
ni l’espace des yeux pour pleurer trente-deux dents
totalement neuves pour mordre
mais mordre où mais mordre quoi
de fond en comble toutes les chaînes
autour desquelles s’articulent nos chairs nos pensées
d’aujourd’hui
jusqu’à ce qu’elles cassent dans un hourrah de lumières de
naissances multiples
décrétons le refus global
les jardins des délices tremblent et éclairent au-delà
la révolte met le feu aux poudres
taillez enfants aux yeux d’air et d’eau les belles allumettes
dans la forêt des légitimes soifs
taillez les belles allumettes pour que flambe le théâtre d’ombres universel.
André Laude (1936 – 1995)
"Testament de Ravachol", éd. Plasma, 1974
« André Laude, né le 3 mars 1936. Famille ouvrière. Exilé à Paris, renouera plus tard avec la terre-mère : l'Occitanie. École sous l'occupation nazie. Premières masturbations et premières révoltes. Très tôt écrit et rêve de devenir journaliste. Fait la connaissance d'une bande de poètes et peintres anticonformistes. Militant anarchiste. Autodidacte, lance à 17 ans le cri fameux : "A nous deux Paris". Réponse de l'écho : "Pauvre con". Apprend difficilement à bien faire l'amour. Rencontre André Breton, Benjamin Péret et quelques autres "phares". Guerre d'Algérie : horreur et souffrance. Des tas de petits métiers. Quitte l'Europe pendant plusieurs années. Voyages : Cuba, Orient, Asie... Revient en Europe. Écrit dans cent journaux et magazines. Publie des recueils de poèmes. Pauvreté, humiliation. Laisse pousser sa barbe pour cacher les cicatrices. Un seul désir : " vivre et jouir sans entraves en cherchant à faire la peau du vieil homme ".
Ainsi se présentait André Laude lui-même, en quatrième de couverture de Joyeuse apocalypse (Stock, 1973)... Lire la suite sur "Fraise des bois, me voilà", le blog de Philippe Thomas:

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André Chenet
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3/24/2008
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vendredi 21 mars 2008
19 lettres brèves à Nora Nord
Je dédie ce passage en ligne à Catherine (voir lien vers son blog "Je crie, j'écris" dans Vagabondages & Poésie), pour le sincère et lucide message qu’elle a déposé comme un coup de cœur.
19 .lettres brèves à Nora Nord
pour N.
Son sang scintille sur mes lèvres
Enterrez-moi dans son souffle
car je crois que je suis mort
Enterrez-moi dans sa voix
d'aurore boréale
car je crois que j'ai été fusillé
au lever du jour
dans un pays de loques et de douleurs fulgurantes
Enterrez-moi au creux de ses paumes
pour qu'au plus noir du sommeil
je touche cette femme Equateur d'Amour.
Elle a labouré ma terreur
de ses joies d'écolière. De ses silences d'aubes
avec ses dents de louve affamée
elle a arraché les herbes malades
Elle a tonné dans ma voix
Elle a brûlé mes champs de caillasses maigres
Elle a fouetté la pierre fiévreuse de l'errance
et déchiré la gorge du rat de peste
Elle a semé les graines solaires dans les sillons
farouche de mes larmes
et une forêt d'Amazonie soudain s'est tendrement refermée
sur mes aventures
Les oiseaux verts rouges jaunes ont crié notre règne
au coeur de l'été torride, infracassable.
J'ai hanté son sexe cercueil et caverne
où naître et mourir étaient une même jouissance
d'algues d'ouest collant aux reins huilés du voyageur
brûlé par les étapes
initié par les poussière et les migrations de comètes
J'ai hurlé de joie dans cette monstrueuse verdure
incendié par des soleils tropicaux
O danse de sioux des globules rouges
O martèlement de tambours nègres des doigts
luisants de semence
j'ai dormi une aube plus vaste que le désert des Tartares
Incurable maladie sa peau me protège
quand je voyage dans les pays froids
Moi le commerçant en verroterie, en menus
rubans et joujous
je l'évoque dans la langue de Nerval et
de Raimon de Kazantzakis et de Homère
et de tous ceux qui depuis la nuit des temps
élèvent –- O furieuses barricades – la parole d'amour
contre les galops de la foudre noire
les guérillas du malheur
Incurable maladie. Agonie tropicale.
Un sécateur de froid a tranché net mes racines
un alcool frelaté a noyé mes yeux
une panthère cernée de flammes a dévoré ma tribu
un siècle de poussière a étouffé ma danse de chaman
Maintenant je rampe
dans l'ordure et la rumeur des temps
Avec tout ce que je sais
je tiens éveillé très tard des enfants innocents et graves.
Enterrez-moi dans son nom
qu'avec elle je voyage partout
dans le bleu des triangles d'oiseaux sauvages
dans le pollen des fous de Bassan
dans le noir ténébreux des énigmes
dans la chute libre des sangs qui, une fois, ont épousé les soleils caraïbes.
Enterrez-moi dans sa gestualité inquiète
dans sa beauté tuméfiée
dans son agenouillement face aux ordures de la nuit
dans le vert espérance de sa durée. De sa violente présence
aux vagues et aux Etoiles
aux enfants et aux fées.
Dis-moi d'urgence le tracé des îles
combien sont les gardes qui veillent sur les carcasses
pourries des navigations
donne-moi le nord
j'ai hâte des vents maigres chiens affamés des ressacs de plomb
je brûle pour ces énigmatiques figures de proue
qui hantent mes rues chaudes
et lavent leurs épaules douces dans des alcools de lune
farouche
Dis-moi où la fête se passe Où les portes ne sont que des
soupirs d'amantes
à peine blessées par le duvet nocturne.
Sauvagement noue sa bouche à ma bouche
un serpent de soif
un serpent de minéral pur
Sauvagement saigne entre mes jointures l'ange
décapité
sur ordre secret
de juges don’t les voix
se répercutent au loin de colline pelée à paroi sèche
Un enfant marche en sifflotant aux limites du visible
il n'a pas du tout l'air craintif. A ses tempes
des boucles de neige doucement tremblent
Il est du pays d'au-delà des moissons déchiquetées par les pics
d'au-delà les grands murs lépreux qui se taisent
Il est du pays des alchimistes et des brûleurs de souches
pourries
Sa bouche rouge de fruits écrasés violemment est l'orifice d'un
palais obscur, secret, toujours invoqué.
ici meurt sauvagement le vent
j'écris la perte le manque absolu
A grandes rafales de sang
je balaie le carrelage de l'aube
où mon corps chaud encore
diminue devient invisible
où mon index de lune froide
pointe encore un tropique
le ventre de la mère
sauvé de la destruction par la langue chair et suffocation.
N'oublie pas que je suis né pour d'autres
travaux que la poussière et le soliloque de l'oeil
j'ai récuré le regard du fou
j'ai nettoyé les écuries du soleil
j'ai mangé le pain d'absence
j'ai bu l'eau de la malaria
Les promesses se sont éteintes à mes tempes
je recule vers une vieillesse tronquée
un désert de lames vives de cailloux d'ombres causantes
Ma mère morte en moi s'agenouille
une fois de plus elle coud un sommeil d'épi, un sommeil
de prairie paisible
Ses yeux me cherchent dans la signature du vent
Désolée de ne pas me voir
de ses ongles sombres elle déchire sa poitrine
d'où coule un lait de Palestine
qui lave ma peau de mort terrassé par le plomb des vertiges.
ne cognez pas à ma vitre
je n'y suis pas
ne me hélez pas entre
les grands arbres de ciment muet
je n'y suis pas
ne me sonnez pas au téléphone
ne courez pas derrière
mon ombre tragique Rue Saint-Martin
je n'y suis pas
ne m'invitez pas à dîner
à danser à boire
Porto Tokaÿ eau de vie
je sais «le beaujolais nouveau
est arrivé»
je n'y suis pas
ne vous glissez pas chaleur ténue
entre les draps défaits
dans le pauvre lit d'effroi
je n'y suis pas
ne fouillez pas vers ma bouche
qui sait se faire lait pur
fruit mat mais aussi lueur de corbeau
et petite pluie de novembre
je n'y suis pas
ne demandez pas à la concierge
l'étage où habite la blessure
sans limites sans nom sans sommeil vrai
je n'y suis pas
ne tourmentez pas je vous en prie
ne tourmentez pas la nuit
pour qu'elle vous dise
sur quelle falaise j'efface mes traces
sous quelle lune d'acide je soliloque
loque de voix
elle ne saurait rien répondre
je n'y suis pas
je suis ailleurs nulle part dans un ventre chaud
d'outre-univers
dans une nudité somptueuse implacable
dans une dimension inatteignable
par vos yeux
je suis dans un grand cimetière d'éléphants
qui ont la couleur de mes famines
de mes amours soies sombres déchirées de haut en bas
par une corne de cruauté aux froides résonnances de métal
je suis enterré dans la glaise d'un paysage vocal
dans la luminosité stridente d'un ongle
dans la courbe d'un fleuve bu à la source
dans la chair d'aube d'une épaule émouvante à gémir doucement
pour ne pas réveiller les racines
dans le ciel de la voyageuse
dans les paumes absentes
je suis enterré dans un asile de cris écarlates
dans le poil de la peur
dans la lettre N qui est une galaxie un roman de la Table Ronde
dans la lettre N qui est la perle noire cachée dans l'huître du soleil
dans la lettre N qui est bambou de douleur monnaie de songe et
torche éclairant tendrement la paroi
dans la lettre N qui est Saint-Jean d'Eté
Ne me tuez pas de regards-couteaux
ne me battez pas jusqu'à l'évanouissement
ne me jetez pas pour me distraire
des cacahuètes des rubans des morceaux de miroirs des fleurs
je n'y suis pas
je suis ailleurs
sur une terre que nulle souffrance d'homme
n'avait encore foulée
avant mon irruption brutale d'alcool farouche
d'incendie détraqué.
O Dieux – parce que je ne sais pas très bien
à qui m'adresser
entre quelles mains indifférentes
remettre ma plainte contre Inconnu –
Ne m'enlevez pas la vivante qui a brûlé mes lèvres d'une joie
sauvage autant qu'un galop de mustang dans la prairie cheyenne
Qui a écarté mes genoux afin que se lève le soleil unique vital
selon la loi non écrite mais proclamée par la gorge de l'eau, la queue de paon du crépuscule
sur les jardins indestructibles
Qui a délivré l'oiseau de gel encagé entre mes épaules toujours crucifiables
Qui a de ses longs doigts minces musiciens inspirés creusé d'immortelles galeries dans mon souffle
où il fait beau où il fait terreur et fiévreuse incantation
Ne m'enlevez pas la vivante coupée de mon sang par une distance plus terrible encore
que cet espace vaste où rugissent mes mots plaintifs mes mots fous mes mots de métal enragé
Quelque part peut-être dort-elle
caressant encore le corps traversé par les rudes lames des solitudes
Quelque part peut-être gémit-elle
à nouveau reprise par la chaude clarté de mes paumes bavardes
tandis qu'ailleurs une chair bouleversée écrase un cri
d'agonie et de fureur
tandis qu'ailleurs deux yeux se posent comme des blessures sur la grande plaie visible
O Dieux – parce que cette nuit je suis un petit enfant innocent comme l'haleine du fleuve et désarmé –
Ne m'enlevez pas la vivante
qui s'en est retournée au pays sien avec ma terrifiante douceur touchée à mort
enracinée dans son ventre bleu au fond duquel hurle un visage
abordant la nuit de biais
sachant qu'elle mord Qu'elle fait mal Qu'elle ne pardonne pas.
un seul visage qui s'avance avec les pépiements
d'oiseaux les brindilles sèches de l'aube
et le sang exalté fourbu fracture majestueusement les tiroirs
des marées
une fiancée touchante danse dans le globe de la lampe
une loutre bleu tend son long cou de fenouil
le plus clair de mon temps scintille aux tempes du matin neuf
un seul visage qui s'empourpre de gestes d'amour de baisers fluides
un seul visage un rire cassant la glace le reflet dans une vitrine
d'un Passage d'une mouette qui proclame la fonte des ombres
une brouette chargée de soleil roule le long de l'avenue
contemplée par des fillettes en tabliers de silence
un seul visage qu'on accueille avec cette inquiétude de l'adolescence
griffée par les rumeurs et les appels
qu'on accueille avec des fleurs de neige et de mutisme
qu'on soulève au creux des paumes jusqu'à la lumière vraie qui
coule des pierres des métaux des corps humains
dans la ville les fêtes se rassemblent et convergent vers
une poitrine de feu
les morts se dissolvent dans l'éther léger de l'instant
A la première parole un grand jardin public illumine
avec des perroquets des niagaras de soie noire et froissée des
arbres de perles tropicaux et sombres
avec des divinités au souffle vert aux paupières d'aurore boréale
un seul visage
entre l'herbe du désir et la poussière des attentes
et la blessure vomit
des tonnes de roses rouges.
L'ongle crisse au carreau de l'aurore déchiquetée
par les aigles translucides
le front creuse la distance irréparable
la voix s'annule à la neige des pas nomades
De quel nom t'appeler
alors que se lève sous mes pieds blessés de gel
un peuple inconnu, immonde, un peuple de goules et de lutins sardoniques
De quel amour t'enflammer
alors que ma veine saigne sous l'orage des mots.
la lumière des murs dresse mon procès
quelque part un supplice déchire mes chairs
quelque part au rivage duveteux de Thulé
Eurydice fouille des ongles la pourriture d'Orphée
Se tait l'été dans mon sang
Se noue le complot des silences
Se déchire la dernière parole
avec laquelle on tentait désespérément le passage
clandestinement
entre les figures détruites et la calligraphie des herbes juteuses.
Une cité de velours nocturne et de mica s'effondre dans
mes poignets meurtris
j'écoute silencieux accordé aux ruines promises
sur tes lèvres absentes
je quête un dieu forcené inaccessible
qui me roue d'angoisses de questions saugrenues d'énigmes de mie de pain
j'apprends ce dur métier d'absence
qui commence par la traversée des miroirs
sans déchirer les ailes fondamentales.
au bord de mort j'enterre ma dépouille de seigneur muselé
par les tempêtes glacées
surgies des obscures forêt de la parole où hantent
les animaux d'une préhistoire sanglante
leurs griffes rageuses cherchent et trouvent mes yeux
à chaque tentative
Au bord de mort j'enfouis mon nom au milieu des glands
des racines molles des monnaies des empires brisés par
l'éclat des femmes la lueur métallique des fruits
dérobés aux terres luxuriantes
Entre mes épaules le Sud à tâtons délimite l'espace de son
deuil définitif: couteaux rouillés, lampes de mutisme.
André Laude
Editions «LE VERBE ET L'EMPREINTE» 1979
Illustration: ultime photo d'André Laude, prise au
bar du Volcan du roi de Sicile (Auteur anonyme) dans le marais.
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André Chenet
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3/21/2008
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Libellés : André Laude
jeudi 13 mars 2008
Jacques Lavigne, rétrospective au TransArtcafé
« Je viens pour indiquer un lieu à l’intersection des possibles terrestres, un lieu blanc, un point central d’où se dévoilerait d’un seul regard l’infini des conduites humaines. Rien de ce qui nous émeut de nos quotidiennes saveurs n’y est aboli ; la diversité joue là son drame le plus resserré sans perdre le feu de ses multiples facettes colorées. Un rapide coup d’œil alentour nous y assure de la nécessité de toute une topographie des sentiments… Nos haines nos patis pris, nos amours y déferlent en vagues toujours changeantes et toujours nécessaires. Tableau indescriptible en vérité, et sans cesse à recommencer. »
Jacques Lavigne, in « Ma peinture ? »
Le peintre après de longues années d’apprentissage, d’essais et d’incertitudes, au cours de l’un de ses nombreux ou innombrables exercice, pesant, pensant, évaluant non sans crainte, s’aventure à regarder, comme s’il était un autre, ce qu’il a, à l’heure qu’il est, réalisé. La fierté le point, les doutent l’assaillent : ce qu’il a devant lui, et qu’il a accompli, est-il sûr de le reconnaitre ? N’est-ce pas simplement un produit du hasard, produit auquel le hasard aurait pu faire prendre ou bien donner une autre figure ?
Il n’y a pas de quoi s’enorgueillir, et néanmoins on sent qu’on est pour quelque chose dans ce q’a d’imprévu et de jamais vu l’ouvrage ici présent, fruit d’une longue patience et d’une persistante persévérance dont on espérait qu’elle ne fût pas vaine. L’œuvre est dès lors exposée au jugement de son auteur qui ne sait pas d’où elle vient ni à qui ou à quoi elle est destinée. Si ça ne ressemble à rien, comment le comparer à autre chose ? et si ça ressemble et c’est comparable, de quelle utilité en est la venue ? Que l’œuvre de Jacques Lavigne suscite en moi cette rumination m’en signale assez la nature et m’en dit long sur sa gestation et sur son extraction, en même temps que sa singularité : elle apparait chargée des signes de son voyage, marquée de ceux de sa source.
Ne témoigne-t-elle pas de son origine au sein de la nuit universelle, en cela, quoique par artifice, procédant d’où procède toute la matière de l’univers ? Oui, bien entendu, c’est par artifice qu’elle donne à voir le naturel et la nature des choses. Et c’est pour cela que l’on nomme ces ouvrages œuvres d’art, ou œuvres poétiques (soit : qui se font). Elles empruntent au décor du monde, s’ornent de figures qui imitent, ou bien renouvellent et prolongent, s’inspirant de l’universelle métamorphose dont rend compte, parce qu’ayant moins d’obstacles, la musique. Et c’est à cela, et en cela , que je reconnais l’œuvre de Jacques Lavigne : à ce qu’elle est magiquement silencieuse, suspendue dans l’attente de la manifestation sonore.
Il est bon de dire ici ce qui a été dit à propos des plus grands : l’œil écoute. Alors on apprend peu à peu à savoir pourquoi on attend et pourquoi on est invité. On s’assure, se rassurant, que la nuit n’est pas peuplée de monstres qui arraisonneraient la raison, mais qu’elle est un chemin sur lequel on a maintenant la faculté de se conduire sans heurts dans la floraison magique de la matière.
Robert Marteau
Papier qu’on froisse et qu’on déchire comme si
C’était la peau du temps, du ciel, de l’univers ;
La pellicule infime et le tissu dont s’est
Constitué ce qui existe. Ainsi est né
Un autre jardin qui atteint l’extension
De la nuit où le pied n’est pas assujetti
Au parcours ; où qui songe à la théophanie
Entend à peu de pas naître par la musique
Ce qui s’était dit dans le latin des oiseaux.
Apprendre à toucher l’obstacle du doigt n’assure
Pas la connaissance : où est l’étoile qui guide ?
Quand toutes tombent perpétuellement sans
Jamais affectet ni l’infini ni le vide :
Chant de l’inverse, chantier qu’aucun chant n’épuise.
Robert Marteau
Carcès, 13/14 mars 2002
Robert Marteau : (né le 8 février 1925 à Virollet dans le Poitou) est un écrivain français : poète, romancier, traducteur, essayiste, diariste.
En 1972, il s'installe à Montréal pour y vivre avec sa compagne. Il y demeurera douze ans, et optera pour la nationalité canadienne. Il réside aujourd'hui à Paris.
Bibliographie :
* Royaumes, poésie, Seuil, 1962.
* Travaux sur la terre, poésie, Seuil, 1966.
* Des Chevaux parmi les arbres, roman, Seuil, 1968 ; Champ Vallon, 1992.
* Sibylles, poésie, Paris, Galanis, 1971.
* Les Vitraux de Chagall, essai, Paris, Mazo, 1972; New York, Tudor, 1973.
* Pentecôte, roman, Gallimard, 1973.
* Atlante, poème, Montréal, L’Hexagone, 1976 ; Toronto, Exile, 1979.
* Traité du blanc et des teintures, poème, Montréal, Erta, 1978 ; Toronto, Exile, 1980.
* Salamander, anthologie poétique bilingue, Princeton, Princeton University Press, 1979.
* Mont-Royal, journal, Gallimard, 1981.
* Fleuve sans fin - Journal du Saint-Laurent, journal, Gallimard, 1986, réédition, «La petite Vermillon», La Table Ronde, 1994
* Sur le motif, journal, Seyssel, Champ Vallon, 1986
* Venise en miroir, Quimper, Calligrammes, 1987
* Vigie, Quimper, Calligrammes, 1987
* Voyage au verso, Champ Vallon, 1989
* Ce que corneille crie, poésie, Champ Vallon, 1989
* Comte de Villamediana : poésies, traduction, « Orphée »/La Différence, 1989
* Forestières, Paris, Métailié, 1990
* Fragments de la France, Champ Vallon, 1990
* Luis de Góngora, Première Solitude, traduction, « Orphée »/La Différence, 1991
* Le Jour qu’on a tué le cochon, roman, Champ Vallon, 1991
* Cortège pour le Corbeau, poésie, Quimper, Calligrammes, 1991
* Liturgie, Champ Vallon, 1992
* Huit peintres, La Table Ronde, 1994
* Etudes pour une muse, Champ Vallon, 1995
* Royaumes - Travaux sur la terre - Sibylles (réédition), « Orphée »/La Différence, 1995
* La Récolte de la rosée, la tradition alchimique dans la littérature, Paris, « L’Extrême contemporain », Belin, 1995
* Registre, poésie, Champ Vallon, 1999
* La Couleur du temps, livre d'artiste réalisé en collaboration avec le peintre Georges Badin, éditions Alin Anseew, 2001
* Sur le Sable, chroniques taurines, Editions Mémoire Vivante, 2007
Prix récompensant l'ensemble de son œuvre :
* 2005 Grand Prix de Poésie de l'Académie Française
Prix attribués à une oeuvre particulière :
* 2006 Prix du Livre en Poitou-Charentes
Dans l'herbe (Champ Vallon)
Publié par
André Chenet
à l'adresse
3/13/2008
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Libellés : Robert Marteau
mardi 11 mars 2008
Sur la poésie (3)
Les poètes sont plus inspirés par les images que par la présence même des objets.
Pour être bon et pour être poëte, il faut vêtir d'abord ce qu'on regarde, et ne rien voir tout nu. Il faut au moins mettre sa bienveillance rt une certaine aménité entre tous les objets et soi.
Les autres écrivain placent leurs pensées devant notre attention; les poëtes gravent les leurs dans notre souvenir. Ils ont un langage souverainement ami de la mémoire, moins encore par son mécanisme que par sa epiritualité. Il sort des figures de leurs mots, et des images des choses qu'ils ont touchées.
Il ne faut pas seulement qu'il y ait dans un poëme de la poésie d'images, mais aussi de la poësie d'idées.
Les beaux vers sont ceux qui s'exhalent comme des sons ou des parfums.Les vers ne s'estiment ni au nombre ni au poids, mais au titre.
Les belles poésies épiques, dramatiques, lyriques, ne sont autre chose que les songes d'un sage éveillé.
Le poëte ne doit point traverser au pas un intervalle qu'il peut franchir d'un saut.
Dans le langage ordinaire les mots servent à rappeler les choses; mais quand le langage est vraiment poétique, les choses servent toujours à rappeler les mots.
Dans le style poétique, chaque mot retentit comme le son d'une lyre bien montée, et laisse toujours après lui un grand nombre d'ondulations.
On ne peut trouver de poésie nulle part quand on n'en porte pas en soi.
Les mots s'illuminent quand le doigt du poëte y fait passer son phosphore.
Il faut que les mots, pour être poétiques, soient chauds du souffle de l'âme, ou humides de son haleine.
Joseph Joubert (1824-1854)
Sur la poésie, GLM éditions (1958).
Publié par
André Chenet
à l'adresse
3/11/2008
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Libellés : Joseph Joubert
vendredi 7 mars 2008
Sur la poésie (2)
L'esprit n'a point de part à la véritable poésie; elle est un don du ciel qui l'a mise en nous; elle sort de l'âme seule; elle vient dans la rêverie; mais, quoi qu'on fasse, la réflexion ne la trouve jamais. L'esprit, cependant, la prépare, en offrant à l'âme les objets que la réflexion déterre, en quelque sorte. L'émotion et le savoir, voilà sa cause, et voilà sa matière. La matière sans cause ne sert à rien; la cause sans matière vaudrait mieux: une belle disposition qui demeure oisive se fait au moins sentir à celui qui l'a, et le rend heureux.
Le talent poétique naît dans les âmes vives de l'impuissance de raisonner.
La poésie n'est utile qu'aux plaisirs de notre âme.
La nature bien ordonnée, contemplée par l'homme bien ordonné, est la base, le fondement l'essence du beau poétique.
C'est surtout dans la spiritualité des idées que consiste la poésie.
Rien de ce qui ne transporte pas n'est poésie. La lyre est, en quelque manière, un instrument ailé.
Il faut que le poëte soit, non seulement le Phidias et le Dédale de ses vers, mais aussi le Prométhée, et qu'avec la figure et le mouvement, il leur donne l'âme et la vie.
Les poëtes sont enfants avec beaucoup de grandeur d'âme et avec une céleste intelligence.
Le poëte s'interroge; le philosophe se regarde.
Les poëtes ont cent fois plus de bon sens que les philosophes. En cherchant le beau, ils rencontrent plus de vérités que les philosophes n'en trouvent en cherchant le vrai.
... à suivre...
Joseph Joubert. Sur la poésie, GLM éditions (1958)
Publié par
André Chenet
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