jeudi 19 juillet 2007

Le voleur de poèmes (3)

Parmi les 8 poèmes que m'avait envoyé Djamel Mazouz, quatre sont de Liliane Lafond: "Lettre de Bagdad", destinée à une publication Amnesty International ainsi que les trois poèmes suivants:




Pourtant le ciel était clair....


Pourtant le ciel était clair
Pourtant elle tournait toujours
Notre terre,
Pourtant le jour s’annonçait bien
Ce jour des élections
Jour de prédilection
Chacun sortait endimanché
Pour aller voter. Avec l'espoir insensé
De tout pouvoir changer.....

Pourtant
Ce jour des élections
Restera encore jour de déception
Jour sombre et laid
Le peuple est mécontent
Il manque de pain et de lait
Les sanglots d'enfants affamés
Montent des bas quartiers s'amplifient
Jusqu’à devenir tonitruants
Tous les commerçants sont partis miser leur vie….

Pourtant j'étais revenu d'exil
tel un soleil levant
annonçant le beau temps.....


*
















Immigré, mon frère…



Tu descends dans l’éclat des bruits du cœur
Pèlerin toujours du même langage
Exilé de toutes les mêmes villes
Et tu atteins l’endroit de l’attente immobile.
Tu marchais du côté rapide des choses,
Et tu as atteins désormais le bout du quai...

Que le train vienne ou pas maintenant,
Il y a pour toi cet endroit,
Assis sur un banc de bois,
Dans ton dos sonne l’horloge,
Sans savoir si le chef de gare
Prend soin des feux,
Des balises et des aiguillages,
S’il annonce des départs….
Tu profites du soleil doux,
Des mauvaises herbes à tes pieds.
Tu as posé près de ta jambe
Ta valise grise et délabrée...

Et tu sais de mieux en mieux attendre,
De mieux en mieux être immobile,
De mieux en mieux te résigner,
De plus en plus proche du lac lisse,
Avec ses cercles concentriques
Qui te prive de ton identité……


*















Une gare la nuit.....


C'est un endroit avec des colonnes,
Dans une gare sale,
Puante et dangereuse.
L’heure à laquelle on pourrait se laisser glisser,
Dos contre une colonne.
L'heure de la nuit où tout est mal.
Où tout ce qui est bien s'est glissé sous la terre,
Loin d'un ciel de ville orange et froid,
Noir et glacé,
Loin des avenues vides et des voitures garées,
Hantées par la trace des absents.
C'est un endroit qui semblait vide
L'instant d'avant,
Cette gare quelque part dans Paris
Et ses fuyards obliques,
Ses faces grises cherchant un coin pour s’assoupir,
Posant leurs cœurs usés par notre indifférence,
S’affalant lourdement sur leurs tas de sacs en plastique,
Ne dormant chaque fois que d’un demi-sommeil,
Par exigence insolite pourtant de survivre,
Par ultime et désespérée vigilance
Alors que leur âme engourdie
Déchiquetée par les blessures des jours
S’est déjà depuis longtemps engouffrée
Dans l’absurdité du néant….


Liliane Lafond
http://blog.360.yahoo.com/blog-gsvwuLY1dLTvQLCx3OESjA--?cq=1&_login=1


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