mardi 2 septembre 2008

Prendre les armes

Prendre les armes

Rédiger la nuit
des tracts somptueux de désir
écriture ivre d’évidences
livrer à la pierre bannie
la parole éclair
qui blesse
et soulève
des vies entières
sur ses frontières de sable gris
labourées d’aubes violettes

Crier cette nuit
désincruster le silence
une hanche rêve
les mains veinées

Surgir et briser
les conventions admises

S’insurger
contre la mise au pas vigoureuse
des horribles petits apprentis dictateurs
arracheurs de cœurs

L’ennemi se dissout
dans l’air du temps
et se pâme
des crimes qu’il génère
sans se compromettre
puisqu’il masque ses visages

Rouvrir la plaie
dans le secret de la nuit
pour entendre
hurler les innocents

Massacres après massacres
tituber entre les lignes de démarcation
sous le tir nourri des mercenaires
qui réécrivent avec du sang
les charniers de la honte
dans les livres truqués de l’Histoire

La peur plonge ses racines noires
dans les entrailles des foules piétinées

Ouvrir la nuit
jusqu’aux confins du désespoir
et prendre les armes
les seules armes qui vaillent
pour combattre ces monstres
qui dépècent nos existences
violentent nos consciences
éxécutent notre joie de vivre

Leur sens dévoyé de la justice nous égare
ils accumulent fortunes et biens
se partagent les terres fertiles
ils quadrillent les villes d’espions électroniques
et se barricadent derrière les murs épais de leurs bunkers
en préparant les guerres très sophistiquées de demain

Prendre les armes
les seules qui vaillent
les armes lucides
de la désertion

Arrêter de collaborer
c’est refuser
une fois pour toutes
les chantages hideux
auxquels ils nous soumettent
à notre corps défendant
le marchandage visqueux
des contrats d’obédience
les ordres sadiques
et les marches forcées

Des éclaireurs s’aventurent
à travers les mailles de la nuit
messagers amoureux
dépêchant les signes du ralliement
et du renouveau humain


Nos armes ce sont nos mains
qui se fraient un passage
dans cette nuit temporelle
ce sont nos voix qui inventent
des vérités surnaturelles
en invitant les mots à voyager
à travers des mondes méconnus
c’est la poésie en liberté
créant des sociétés fraternelles
sans dogmes ni chefs pour les étouffer

Ensemencer la nuit
d’une écriture plus dense
se rendre invisible
pour que la lumière
s’inscrive
avec sa part d’exil
sur tous les fronts sensibles.


André Chenet
in "L'amour foudroie les amants"
Septembre 2008



2 commentaires:

Cathy a dit…

nos mains oui
nos mots
et nos silences aussi
merci pour ce poème
pour ce qu'il séme dans les nuits frileuses et les journées sans sel
et méfions nous des poètes trop jaloux qui ne laissent pas la poésie vivre librement, qui ne vivent pas la poésie !
bises !
Cathy

gmc a dit…

ARMOIRIES DE SANG

La poésie en liberté
Ne crée aucune société
L'immoralité n'a pas cours
Dans son absence de credo

Elle se souvient
Dans un sourire vert
Que l'Histoire a une muse
Oubliée par les chiens
De l'hôtel des arrogances

Elle voit la putain nommée justice
Aligner ses perles de morale
Comme autant de verroteries
Et colifichets en tous genres

Dans les salines la gabelle
Pour ceux du sel

L'eau de nuit encre
La trace opalescente
Des chemins du feu


nb: désolé pour le pléonasme du premier vers