Noyade
à CEA Andersen
blessantes
les ailes de la vérité
il y a des paradigmes perdus
des non-sens pernicieux
une place pour la vacuité
et des mots qui s'aiguisent
il y a des hommes étoilés
sur des routes d'exode
ne laissant derrière eux
qu'une trace légère
si légère
qu'on n'y prête guère d'attention
et pourtant
ils ont mesuré l'infini
l'absence s'écoule
entre les rives du fleuve céleste
où le temps s'est noyé.
***
Pour en finir avec la tyrannie
aux peuplades amérindiennes
Avec des mots
aveuglants d'évidence
des mots gros
de misères
et de peurs
des mots d'amour
pour cette humanité
qui s'échine
à défricher
des terres brûlées
avec des utopies
à têtes chercheuses
avec les cris étouffés
des peuples en péril
sous la courbe écrasante
des valeurs boursières
avec l'ultime regard
des innocents carbonisés
dans les brasiers du capital
avec la ferveur altière
des révoltés
qui n'ont plus rien à perdre
avec les vents du Sud
de l'Est du Nord et de l'Ouest
avec les chants migrants
qui se transmettent
d'une langue à l'autre
avec le grand esprit silencieux
avec les nuages rouge et noir
chargés d'orages et de colère
avec mon sang giclant
altéré de connaissance
avec les fleuves et les montagnes
avec les forêts et les mers détraqués
avec les oiseaux en danger
les herbes les arbres les pierres
avec les rivages les sources
avec tout ce qui vit danse
et nous étonne toujours
avec les palpitations de la terre
avec l'ardeur du soleil
et les constellations intérieures
avec des mots à coeur ouvert
qui ne savent plus rien dire
hormis la sauvage beauté de vivre
avec des mots éperdus d'avance
je bombarde sans remords
les forteresses les fiefs
des détrousseurs sans vergogne
des faiseurs de mauvais sort planétaire
je désintègre allègrement
l'héritage immonde et sans partage
de ce règne crapuleux
du temps des tueurs en série.
***
L'alpha et l'oméga
à Cristina
Je proviens
de l'air que tu respires
de l'eau qui te porte et te désaltère
de la terre qui te sustente
du feu qui éclaire
des grandes profondeurs
de l'être et de l'univers
Tu proviens
du même réseau mystérieux
où je m'émerveille toujours
et nous nous initions
dans l'éternel balbutiement
d'un rêve d'amour
sans commencement ni fin.
***
Petit jour
A l'aube
pas de sursis
le cri d'alerte
d'une mouette invisible
trouble la brume rose
des pêcheurs hissent
leurs hautes barques blanches
sur les galets argentés
un trait de fumée jaune
raye le cristal du ciel
vers les mirages du réel
les vagues bleuissent
avant qu'il ne fasse tout à fait jour
***
L'arbre-homme
Cet arbre était un homme
_ ou l'inverse_
qui abritait le rêve de liberté des écoliers
se faisant la courte échelle
pour se faire la belle
... au-delà des murs et de l'ennui
Cet arbre n'a pas de nom
car il n'a pas encore été découvert.
***
Une histoire singulière
Une histoire
à casser sa pipe
une histoire
qui sent le roussi
une histoire
de lueurs folles et de barbarie
une histoire
de peaux de bête et de braises
de roues et d'énergies
une histoire
orageuse
de grand amour
qui ne finira
que lorsque
il n'y aura plus personne
pour la raconter
une histoire
d'avant notre naissance
une histoire
abracadabrante
de combats sans queue ni tête
une histoire
comme les prismes du savoir
un histoire
de infiniment complexe
dans les spires de l'existence
une histoire
où se perd notre mémoire
et s'assombrit notre regard
une histoire
née de paroles primales
une histoire
dont nous ne saurons jamais
ni le début ni la fin
une histoire
pour les mutants du futur
ou pour les détraqués
de la morte saison.
***
Poème hors compétition
Je détiens
le triste record du monde
du lancer de cri
aux abonnés absents:
mon oeil rebondit
comme une balle de mousse
sur les muscles liquides d'un torrent
et je vois l'avenir
se déchirer et se tordre
comme une enveloppe de papier kraft
dans la flamme d'une allumette
Poème automatique écrit au réveil, le 3 novembre 2011 (3h30)
André Chenet
In "Exil de la poésie"
Receuil à paraître en 2012

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